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samedi 22 décembre 2012

5- La Vérité... et la Justice....


Décembre 1657 – Amiens


L'hiver est tombé sur Amiens.. la Picardie s'endort dans le froid, et la neige ne cesse de tomber depuis près d'une semaine… le froid gèle les rues et les passants se pressent.
Voilà bientôt un an que Nicolas a rejoint Amiens sur l'ordre de son supérieur. Supérieur qu'il vient de voir. L'état du Père Barré l'a beaucoup inquiété et il lui a sommé de rester encore quelques temps près du Père Emmanuel.
Nicolas trouve réconfort et écoute près du Père Emmanuel qui le respecte infiniment dans sa nuit profonde et douloureuse.

"Ils regarderont vers moi au sujet de celui qu'ils ont transpercé, ils se lamenteront sur lui comme on se lamente sur un fils unique ; il le pleureront comme on pleure un premier-né". Les paroles du livre de Zacharie habitent Nicolas au plus profond de ses ténèbres. Les yeux douloureux, il a peine à les ouvrir… les larmes sur ses joues froides gèlent.

Etienne, le fidèle Etienne… Nicolas ne l'oublie pas.
 "Cher Frère en Christ, grâce et paix te soient accordées,
Je ne saurais te dire ma gratitude face aux brèves missives qui me donnent quelques nouvelles de notre cher ordre des minimes.
Le courage me manque souvent pour t'écrire… mais en ce chemin d'Avent où nous attendons notre Rédempteur, je ne peux que t'adresser quelques mots.
Oui, mon cher Etienne… voilà plusieurs mois que le livre de Zacharie entre en moi comme dans une pierre, avec douleur et larmes.
La venue du Fils de Dieu me fait me tourner vers un Autre. Voilà longtemps que je n'avais pas été touché comme je l'ai été ce matin.
M'est apparu l'Enfant… l'Enfant crucifié… oui, car déjà dans l'Enfant de la crèche se trouve le crucifié, l'homme pendu au gibet où le signe indélébile de la nouvelle Alliance est scellé.
Une lueur a percé dans mon âme… cher Etienne, tâchons de ne pas nous éloigner de la crèche du Sauveur… tâchons de ne pas passer une heure sans avoir cette œillade d'admiration et d'amour vers ce Dieu créateur qui se fait muet.
Muet… voilà cette expérience mystérieuse que je fais, je suis muet de stupeur, de tremblement, d'admiration… la lumière me fait peur. Oui, j'aurais presque peur de cette lumière qui risquerait de m'aveugler tant mes yeux se sont habitués à la ténèbre.
Cette naissance du Fils de Dieu me fait m'anéantir en sa présence… je ne peux relever la tête… je me courbe face au Très-Bas… au Très-Haut…
Etienne, que ma bouche répète sans cesse "O Jésus ! O Amour !" envers et contre tout, même au plus fort de ma détresse.
Pour toi, garde courage dans l'épreuve qui est tienne, sois sûr que ma prière t'accompagne.
Je suis, cher Etienne, ton indésirable et misérable frère en Jésus Christ, premier-né d'entre les morts."

Comment saisir au plus profond se qui se passe dans ce cœur déchiré. La Vérité sur le mal rencontré ne fait que l'affaiblir… il ne se lève plus que pour l'oraison, l'appétit l'a complètement quitté.

"Il a consumé ma chair et ma peau rompu mes os,
Il a élevé contre moi des constructions, cerné ma tête de tourment.
Il m'a fait habiter dans les ténèbres,
comme ceux qui sont morts à jamais". Lamentations 3,4-6

Nicolas médite, il prie… fait de la Bible, de son éblouissement profond de l'anéantissement de Dieu, son pain, sa nourriture terrestre et céleste.
Son passé le hante, comment a-t-il pu se tromper de chemin, laisser la division entrer en lui. Il en est sûr aujourd'hui, les mondanités, les grands de ce monde n'ont que faire de l'anéantissement du Dieu des pauvres, du Dieu de Jésus Christ… les petits, ceux là seuls peuvent pénétrer ce mystère…
Comment a-t-il pu se leurrer si longtemps ? se laisser griser par la gloire ?
L'Adversaire a su se jouer de lui… mais le Christ de lumière sera le plus fort ?…

"Combien de temps mon adversaire sera-t-il le plus fort ?" dit le psalmiste.
Nicolas n'en sait rien… la Vérité l'abrutit, le met à terre. Tel Jacob, il lutte avec l'ange de Dieu… Dieu, petit enfant… lumière de Noël… lumière de Pâques !

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