Décembre 1656 – au couvent des
minimes à Paris…
L'effervescence, l'étoffe
froissée… le va-et-vient incessant de quelques frères érudits couvent des
minimes Place Royale…
A travers la vitre, la place,
grouillante de monde en ce matin d'hiver 1656. S'y croisent politiciens,
musiciens, poètes, peintres… emmitouflés dans de grands pardessus foncés, ils
fendent le froid. Quelques musiciens s'essaient aux dernières compositions… le
froid pénètre au creux de leurs mains, de leurs doigts et ils finiront par
cesser…
De grands carrosses s'arrêtent
au Palais Royal, et descendent des femmes de la bourgeoisie… les plus nobles,
les plus grands du monde pour écouter la prédication du Révérend Père Nicolas
Barré.
Voilà bientôt l'heure de la
messe et le Père Barré est angoissé, torturé au fond de sa sacristie…
Cette vie de bibliothécaire au
couvent le divise… où est-il ce Dieu pauvre pour lequel il a donné sa vie ?
bien sûr, cela est grisant de se savoir aimé de la haute bourgeoisie, d'être un
maître de prédication… mais aujourd'hui, le cœur n'y est plus… plus du tout.
Voilà quelques mois que cela le rongeait en secret. Il en avait référé à son
confesseur qui lui avait conseillé du repos.
Du repos ! Nicolas n'avait que
faire du repos… de l'ascèse, de la prière, du jeûne, voilà ce qui pouvait
contrecarrer ces mondanités… les longues veilles l'avaient épuisé, les duretés
qu'il s'infligeait avaient eu raison de lui… son visage était marqué par la
douleur et la division scindait son âme…
L'Evangile qu'il devait prêcher
aujourd'hui l'avait bouleversé… la Samaritaine … pétri de Thérèse d'Avila, il se
sentait aujourd'hui, plus que jamais en adéquation terrible avec la sainte…
l'eau vive… où est-elle ? Le Seigneur qui jusqu'alors régnait en maître le
quittait ?
Tel était Nicolas en ces
minutes, précédant l'office… mais il était l'heure…
Il monta à l'autel et
profondément ému par toutes ses douleurs, il s'affaissa douloureusement…
Ce dont il se souvient, c'est
de son réveil. Là-haut… une couverture de laine râpée lui couvrait le corps… il
était las, épuisé. Son supérieur le veillait d'un air paternel et lui dit :
-
Père,
il est temps d'arrêter. Je vous envoie quelques temps à Amiens. Là-bas, vous
assisterez le Père Emmanuel à la sacristie. Le changement d'air vous fera du bien…
et je vous en prie, cessez les duretés envers votre corps… vous allez finir par
vous tuer.
Dans la tête de Nicolas le
brouillard s'obscurcissait. Lui, Nicolas Barré, le Père Barré que tout Paris
venait écouter, lui l'érudit, le savant, le prédicateur… allait s'exiler à
Amiens ? la force se dérobait…
L'obéissance était une de ses
grandes qualités… le Seigneur ne s'était-il pas fait pauvre et obéissant ?
Il partirait donc pour Amiens
au début de l'année.

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