Pages

dimanche 2 décembre 2012

- 2 Et la neige tomba brute et sans bruit


Décembre 1656 – au couvent des minimes à Paris…

L'effervescence, l'étoffe froissée… le va-et-vient incessant de quelques frères érudits couvent des minimes Place Royale…
A travers la vitre, la place, grouillante de monde en ce matin d'hiver 1656. S'y croisent politiciens, musiciens, poètes, peintres… emmitouflés dans de grands pardessus foncés, ils fendent le froid. Quelques musiciens s'essaient aux dernières compositions… le froid pénètre au creux de leurs mains, de leurs doigts et ils finiront par cesser…
De grands carrosses s'arrêtent au Palais Royal, et descendent des femmes de la bourgeoisie… les plus nobles, les plus grands du monde pour écouter la prédication du Révérend Père Nicolas Barré.
Voilà bientôt l'heure de la messe et le Père Barré est angoissé, torturé au fond de sa sacristie…
Cette vie de bibliothécaire au couvent le divise… où est-il ce Dieu pauvre pour lequel il a donné sa vie ? bien sûr, cela est grisant de se savoir aimé de la haute bourgeoisie, d'être un maître de prédication… mais aujourd'hui, le cœur n'y est plus… plus du tout. Voilà quelques mois que cela le rongeait en secret. Il en avait référé à son confesseur qui lui avait conseillé du repos.
Du repos ! Nicolas n'avait que faire du repos… de l'ascèse, de la prière, du jeûne, voilà ce qui pouvait contrecarrer ces mondanités… les longues veilles l'avaient épuisé, les duretés qu'il s'infligeait avaient eu raison de lui… son visage était marqué par la douleur et la division scindait son âme…
L'Evangile qu'il devait prêcher aujourd'hui l'avait bouleversé… la Samaritaine… pétri de Thérèse d'Avila, il se sentait aujourd'hui, plus que jamais en adéquation terrible avec la sainte… l'eau vive… où est-elle ? Le Seigneur qui jusqu'alors régnait en maître le quittait ?
Tel était Nicolas en ces minutes, précédant l'office… mais il était l'heure…
Il monta à l'autel et profondément ému par toutes ses douleurs, il s'affaissa douloureusement…
Ce dont il se souvient, c'est de son réveil. Là-haut… une couverture de laine râpée lui couvrait le corps… il était las, épuisé. Son supérieur le veillait d'un air paternel et lui dit :
-          Père, il est temps d'arrêter. Je vous envoie quelques temps à Amiens. Là-bas, vous assisterez le Père Emmanuel à la sacristie. Le changement d'air vous fera du bien… et je vous en prie, cessez les duretés envers votre corps… vous allez finir par vous tuer.
Dans la tête de Nicolas le brouillard s'obscurcissait. Lui, Nicolas Barré, le Père Barré que tout Paris venait écouter, lui l'érudit, le savant, le prédicateur… allait s'exiler à Amiens ? la force se dérobait…
L'obéissance était une de ses grandes qualités… le Seigneur ne s'était-il pas fait pauvre et obéissant ?

Il partirait donc pour Amiens au début de l'année.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire