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lundi 25 février 2013

Le mystère de la vocation de la femme

Voici un texte oublié, tombé dans la somme astronomique de textes publiés par les papes et pourtant, ce texte de Paul VI s'adressant aux femmes à la fin du Concile est tellement magnifique que je le relaye ici dans ce blog. J'invite tout particulière les adeptes de la CCBF a fait leur ce texte, à Mmes Pedotti et Soupa de bien vouloir le relire à la lumière de l'Esprit Saint et d'y voir la mission sacerdotale de la femme bien au delà des querelles de langages auxquelles elles demeurent figées.


CLÔTURE DU CONCILE VATICAN II
MESSAGE DU PAPE PAUL VI
AUX FEMMES
Mercredi 8 décembre 1965
 
Et maintenant, c’est à vous que nous nous adressons, femmes de toutes conditions, filles, épouses, mères et veuves; à vous aussi, vierges consacrées et femmes solitaires: vous êtes la moitié de l’immense famille humaine! 
 
L’Eglise est fière, vous le savez, d’avoir magnifié et libéré la femme, d’avoir fait resplendir au cours des siècles, dans la diversité des caractères, son égalité foncière avec l’homme. 
 
Mais l’heure vient, l’heure est venue, où la vocation de la femme s’accomplit en plénitude, l’heure où la femme acquiert dans la cité une influence, un rayonnement, un pouvoir jamais atteints jusqu’ici.
C’est pourquoi, en ce moment où l’humanité connaît une si profonde mutation, les femmes imprégnées de l’esprit de l’Evangile peuvent tant pour aider l’humanité à ne pas déchoir. 
 
Vous femmes, vous avez toujours en partage la garde du foyer, l’amour des sources, le sens des berceaux. Vous êtes présentes au mystère de la vie qui commence. Vous consolez dans le départ de la mort. Notre technique risque de devenir inhumaine. Réconciliez les hommes avec la vie. Et surtout veillez, nous vous en supplions, sur l’avenir de notre espèce. Retenez la main de l’homme qui, dans un moment de folie, tenterait de détruire la civilisation humaine. 
 
Epouses, mères de famille, premières éducatrices du genre humain dans le secret des foyers, transmettez à vos fils et à vos filles les traditions de vos pères, en même temps que vous les préparerez à l’insondable avenir. Souvenez-vous toujours qu’une mère appartient, par ses enfants à cet avenir qu’elle ne verra peut-être pas. 
 
Et vous aussi, femmes solitaires, sachez bien que vous pouvez accomplir toute votre vocation de dévouement. La société vous appelle de toutes parts. Et les familles même ne peuvent vivre sans le secours de ceux qui n’ont pas de famille. 
 
Vous surtout, vierges consacrées, dans un monde où l’égoïsme et la recherche du plaisir voudraient faire la loi, soyez les gardiennes de la pureté, du désintéressement, de la piété. Jésus, qui a donné à l’amour conjugal toute sa plénitude, a exalté aussi le renoncement à cet amour humain, quand il est fait pour l’Amour infini et pour le service de tous.

Femmes dans l’épreuve, enfin, qui vous tenez toutes droites sous la croix à l’image de Marie, vous qui, si souvent dans l’histoire, avez donné aux hommes la force de lutter jusqu’au bout, de témoigner jusqu’au martyre, aidez-les encore une fois à garder l’audace des grandes entreprises, en même temps que la patience et le sens des humbles commencements.

Femmes, ô vous qui savez rendre la vérité douce, tendre, accessible, attachez-vous à faire pénétrer l’esprit de ce Concile dans les institutions, les écoles, les foyers, dans la vie de chaque jour.
Femmes de tout l’univers, chrétiennes ou incroyantes, vous à qui la vie est confiée en ce moment si grave de l’histoire, à vous de sauver la paix du monde!

samedi 16 février 2013

7- Des ténèbres la Lumière germera comme l'aurore


Avril 1658 – Amiens


Semaine Sainte…

"Cher Etienne,
Sois remercié pour tes délicates attentions et pour ta venue le mois dernier… ne sois pas bouleversé par les habitudes et par les vaines gloires… recherche la seule Gloire qui vaille : celle de notre Seigneur Jésus Christ.
Les ténèbres autour de moi m'enveloppent comme on enveloppe d'un linceul un nouveau-né. Je sens que la lutte touche à sa fin.
Cette semaine sainte me plonge dans le Mystère profond que déjà il y a quelques mois je t'écrivais.
La Croix… nul ne la choisit, nul ne la supporte seul. Symon de Cyrène n'a-t-il pas aidé son Seigneur ? sans qu'il n'ait le choix d'ailleurs ?
Qui serais-je si je te disais : ma Croix, je la porte allègrement ?
Non, cher Etienne… ma Croix de sa lourdeur oppresse mes épaules chétives. Mais la lueur de l'Enfant Roi prend toute sa plénitude en cette semaine d'épreuves douloureuses pour Jésus.
La Crèche, la Croix, peut de lettres diffèrent de ces deux mots… c'est le même anéantissement. Jetons-nous dans cet abîme d'Amour. Abîmons nous dans la contemplation extrême du don.
Puisse-je dire un jour "de ma faiblesse naîtra ma force".
Je te suis, humble ami, ton fidèle serviteur dans la foi au Christ mort pour nos péchés."

"Je ferai entrer ce tiers dans le feu ; je les épurerai comme on épure l'argent, je les éprouverai comme on éprouve l'or." Livre de Zacharie

"Il n'avait plus figure humaine et son apparence n'était plus celle d'un homme […] par ses blessures, nous sommes guéris" livre d’Isaïe – Anéantissement, vide, béance infinie… telles étaient les visions de Nicolas en cette veille de Pâques…

La résurrection est proche… le Christ a visité nos enfers, ses enfers… la peur se dissipe…
Quand donc nos yeux verront-il la lumière ? Son cœur encore enfoncé dans le mal étouffe… Thérèse d’Avila, pareil au Christ, lui parle de ces rencontres Place Royale… ces rencontres qui prenaient trop d'espace… Nicolas verse des larmes, son cœur déborde de repentance… son âme est triste, triste à mourir… oui, il est aux côtés du Christ, au mont des Oliviers… ses amis dorment, l'angoisse l'étreint… "Père, fais que cette coupe passe loin de moi."

Nicolas va et vient le long des grands pavés de l'église , son esprit s'égare… il ne voit plus rien… son âme s'obscurcit pourtant au fond, la lueur de l'espérance est là, secrète, discrète… sans éclat…

Ô néant, mon néant, d'où es-tu né ?

vendredi 15 février 2013

6 - Femme voici ton Fils... Fils, voici ta Mère


Mars 1658

On venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à regarder.
Les chefs ricanaient en disant : "Il en a sauvé d'autres : qu'il se sauve lui-même,  s'il est la Messie de Dieu, l'Elu !" Les soldats aussi se moquaient de lui. S'approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée, ils lui disaient : "Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !" Une inscription était placée au-dessus de sa tête : "Celui-ci est le roi des Juifs."
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait : "N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec !" Mais l'autre lui fait de vifs reproches : "Tu n'as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c'est juste ; après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n'a rien fait de mal."
Et il disait : "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne." Jésus lui répondit : "Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis." (Lc 23,35-43)

La pluie ne cessait de tomber depuis quelques jours et les routes humides rendaient difficile les déplacements. Cependant, Etienne avait affronté les intempéries pour venir jusqu'à Amiens. Voilà si longtemps qu'il n'avait pas vu son « père ». Il lui tardait de le voir et en même temps, l'appréhension gagnait son cœur.
Comment le trouverait-il ? ses dernières lettres n'étaient pas très gaies et s'étaient faites très rares, ce qui était contraire à ses habitudes.
Il le sentait. Nicolas avait besoin de lui, en frère du Christ, frère minime. Au début de sa vie religieuse, Etienne s'était beaucoup appuyé sur Nicolas et voilà que son bâton, son soutien humain s'effondrait… et lui, était toujours debout. Il avait senti cela comme un signe de l'Amour Divin…

Aux approches d'Amiens, le soleil semblait vouloir prendre le dessus…
Il pénétra dans l'enceinte du couvent des minimes, salua les frères et fit appeler Nicolas.

Près de l'escalier, faisant les cent pas, il implora le ciel de lui inspirer les paroles justes et aimantes pour ce frère qu'il affectionnait tant.

Nicolas descendit, il était méconnaissable. Le visage émacié par des luttes trop longues, par des nuits agitées, et des angoisses traversées. Ses yeux étaient si clairs que le ciel aurait pu s'y noyer… et au fond de ses yeux, l'indicible noirceur des ténèbres qui envahissent tout l'être…

- -          Allons dehors.

Le ciel faisait grâce quelques instants et les deux frères trouvèrent à s'asseoir près d'un arbre décharné… à l'abri des éventuelles gouttes de pluie.

-   -  Comment vas-tu Nicolas ?

  - Cher ami, ta vue me comble de joie, tu le sais… et pourtant, mon être n'est plus à la joie. Et, c'est pressé par le supérieur, et le père Emmanuel que j'ai accepté ta venue… il m'est si pénible que tu me vois comme cela… moi…

-   - Cesse de juger ceux qui te voient… c'est pour moi, une joie profonde et une douleur de compassion que j'éprouve en te voyant…

Après un long silence habité par quelques oiseaux risquant leur envol après la pluie…

--          Sais-tu Etienne, le prix de la terreur… et de l'angoisse ? Sais-tu la noirceur de l'abîme ?

--          Non Père, ma maigre expérience ne m'a pas fait encore passé par là… mais j'ose croire à tes yeux, à ta voix devenue si douce que tout cela est pénible.
-
--          Tu as raison… pénible n'est pas le mot ou alors il l'est trop… j'ai mis du temps avant de comprendre… avant d'imaginer lâcher prise sur ma Volonté propre. Tu le vois, et je ne peux te le cacher… mon âme est noire, si sombre qu'aucune âme n’oserait s'y aventurer… aucune… sauf la mienne qui a cru en l'Amour du Christ… folie ? depuis toujours je sais au plus intime de mon cœur que l'Amour du Christ est plus fort que tout… et au plus profond de mon néant, j'ose croire que de ce noir naîtra la lumière. Parfois le courage m'abandonne, le sens est perdu, tout est mort entre mes mains… il ne me reste plus que la minute présente où mes yeux s'épuisent en des larmes incessantes, où l'émotion m'étreint si fort que j'en défaille… Etienne, je me sens si impuissant face à moi-même…

- Comment pourrait-il en être autrement ?

- Voilà tant de jours que je n'étais pas sorti.
                           
Etienne restait muet de silence, de respect devant ce grand homme si petit, si faible, si pauvre face à lui-même. A ses côtés, il pouvait percevoir cette douleur infinie qui lui rongeait les entrailles et qui mettait à feu sa gorge.

-      -    Etienne, ce matin, nous lisions l'Evangile de Luc… tu le connais : la crucifixion… j'ai prêché souvent cet Evangile à Paris, devant la bourgeoisie… je croyais en ce que disais plus que tout… Je n'avais rien compris.
Ce matin, le Christ souffrant en gloire m'est apparu. Il avait figure d'ange, une voix si douce qu'elle endormirait un nouveau-né… là-haut, à la perpendiculaire de la terre, se dressait le Christ… homme décharné, défiguré… qui a soif… as-tu déjà eu très soif Etienne ? j'ai fait l'expérience de manquer d'eau… c'est terrifiant… abrutissant…
Et qu'offre-t-on au Sauveur, du vinaigre, l'amertume, l'acide que Lui seul peut transformer en breuvage d'amour. "Sauve-toi toi-même"… ce matin, s'est levé dans mon âme cette certitude infinie… l'abandon seul nous sauvera tel Jésus en croix. Il a abandonné son pouvoir, il a abandonné son amour-propre… il a abandonné sa vie… et avant même de ressusciter, il la promet au malfaiteur à ses côtés.

Nicolas éclata en sanglots violents et successifs… en criant vers le ciel "quand en sera-t-il de même pour moi ?"
Puis, se ressaisissant :

-        -  Rentrons… il est tard et j'ai trop parlé.

Etienne s'en retourna, très troublé par ce qu'il venait de vivre.
Le mystère des ténèbres et du mal était dans son cœur à lui aussi et il souffrait de compassion pour son ami, son frère en Christ.
La fraternité lui offrait d'être présent aux côtés de Nicolas… et du plus intime de son être, il rendait grâce à Dieu…
Il n'avait rien fait pour Nicolas sauf être là, présence discrète, présence humaine… once de divin dans l'humanité souffrante… Dieu seul donne le Salut, Jésus seul offre la consolation infinie…

"Ma compagne, c'est la ténèbre." Ps 87

M. Peillon et le petit Nicolas

« A l'école, la maîtresse était toute bizarre aujourd'hui. Elle nous attendait dans la classe en poussant des gros soupirs, alors que d'habitude elle est toute rigolote, et qu'elle pousse des gros soupirs que quand elle interroge Clotaire et que Clotaire est tout rouge.

Elle a dit : Bon ! Que comme M. Peillon, le ministre chargé de notre éducation, avait décidé de s'appuyer sur la jeunesse pour faire évoluer les mentalités, on allait faire un cours d'éducation sexuelle et que le premier qui rigole, il irait voir le Bouillon (le Bouillon c'est notre surveillant, c'est pas son vrai nom, il s'appelle M. Dubon, mais quand il vous gronde il vous dit : « Regardez-moi dans les yeux » et dans le bouillon, il y a des yeux ; ce sont les grands qui m'ont expliqué ça). Nous on n'avait pas du tout envie de rigoler parce que le Bouillon, c'est pas un rigolo.

La maîtresse nous a regardés et elle a dit que l'important dans la vie, c'était d'être tolérant. Nous on est drôlement tolérants alors on a tous fait oui et Agnan qui est le chouchou, et qui se met toujours devant, il a dit qu'il était encore plus tolérant que tout le monde puisque de toute façon il est le premier de la classe partout sauf en sport. Eudes, il lui a dit : « Fais pas le malin, mon petit pote, sinon tu vas voir comment je suis tolérant ». Et là, je crois que la maîtresse elle a compris que ce serait pas facile aujourd'hui.

Elle est allée au tableau, elle a attendu qu'on se taise, et elle a demandé avec un air très sérieux : « Bon. Alors. Si vous êtes une fille, levez la main ! » Toutes les filles ont levé la main, et aussi Clotaire, qui avait l'air embêté. Mais la maîtresse elle a dit comme ça : « Très bien Clotaire, c'est ton choix, si tu veux être une fille, c'est à toi de décider ». Là, Clotaire, il est devenu tout rouge et il a dit « Non, M'dame, c'est juste que je veux aller faire pipi ». « Bon, a dit la maîtresse, tu peux y aller ». « Vas pas chez les filles ! », a dit alors Eudes en rigolant. Mais la maîtresse a tapé sur son bureau et elle a dit que si Clotaire voulait aller dans les toilettes des filles, c'était son choix, et qu'il fallait par rigoler avec ça. Et que c'était la théorie du genre, et qu'il fallait que chacun choisisse, et elle nous a fait écrire sur nos cahiers : « Chacun est libre de choisir son genre ».

« N'empêche, a dit alors Rufus, moi j'ai un kiki, et je vais pas décider que je suis une fille. » La maîtresse a répondu que c'était de l'hétérosexisme, et qu'il fallait en finir avec l'hétérocratie, et que si ça continuait comme ça on finirait au bagne parce qu'on était tous homophobes. J'ai regardé Agnan, et j'ai vu que même lui il avait rien compris.

Ça devenait vraiment compliqué et j'aurais presque préféré faire de l'arithmétique. Elle a senti qu'on était un peu perdus, alors elle a essayé d'expliquer de manière pas pareille : « Vous avez un corps. c'est à vous de décider de. ». « Moi, j'ai un goûter, mais j'ai pas un corps !, il a dit Alceste. Mon corps, c'est moi ! » Faut que je vous dise, Alceste, c'est un copain, il aime bien manger, il mâche lentement un peu toute la journée, et ça lui donne sûrement le temps de bien réfléchir à la vie. Souvent quand il se bagarre, c'est moi qui lui tient ses croissants et après il m'en donne toujours un bout.


Bon, a dit la maîtresse, je continue. Nous on a trouvé ça bizarre, mais on a rien dit parce que des fois la maîtresse c'est comme si elle allait pleurer et nous on veut pas lui faire de peine. Elle s'est mise à faire un petit rond blanc sur le tableau tout noir en disant : « Ça, c'est un spermatozoïde ». Et elle m'a demandé d'expliquer ce que c'était. Ça tombait bien parce que Papa m'avait expliqué la semaine dernière le coup des petites graines que le papa donne à la maman. et après ça fait un bébé dans le ventre de la maman et paf !, le bébé sort. On lui fait des tas de câlins et on appelle Mémé pour la prévenir qu'elle est encore grand-mère.

« Merci Nicolas, a dit la maîtresse, je reprends la leçon. Bien sûr vous pensez tous qu'une famille c'est un papa, une maman et des enfants. Eh bien, il y a d'autres modèles, et ce serait drôlement rétrograde de pas l'accepter. Et si deux monsieurs s'aiment ou deux dames on voit pas ce qui les empêcherait de se marier et de faire ou d'adopter des bébés. »

« Ça tombe bien ! a dit Rufus. Moi j'aime bien Léanne et Chloé, alors je me marierai avec les deux en même temps puisqu'on s'aime. » Léanne a dit qu'elle était pas d'accord du tout, et Chloé a dit que de toute façon elle épouserait son papa, et que puisque deux monsieurs qui s'aiment pouvaient se marier, elle pourrait bien se marier avec son papa, parce qu'elle aimait très fort son papa. « Oui, a dit Rufus, mais il est déjà marié avec ta maman ! »

La maîtresse a dit que c'était pas le sujet et elle s'est remise à taper sur sa table, juste quand on commençait à drôlement bien s'amuser. Et elle a continué à expliquer : avec la technique on peut faire tout ce qu'on veut et tout ce qu'on pourra faire on le fera. On peut faire des PMA ou des GPA, et d'ailleurs louer son ventre ou louer ses bras à l'usine, c'est du pareil au même.
Et elle a expliqué qu'un monsieur peut donner une petite graine à deux dames, qui avec un docteur sauront bien se débrouiller pour faire un enfant. Ou bien deux monsieurs peuvent mélanger leurs petites graines et aller voir une dame pour qu'elle donne sa petite graine à elle, et on donne tout ça à une autre dame qui va faire le bébé dans son ventre et le revendre aux deux monsieurs.

Moi, a dit Rufus, j'ai vu un reportage à la télé, et on pourra bientôt faire des clones ! Puisque je m'aime, j'ai droit à mon clone ! Mais Agnan a dit que ce serait mieux de le cloner lui, parce qu'il était le premier de la classe et que M. Peillon préférait sûrement qu'on le clone lui et pas Rufus.

Ils allaient commencer à se battre quand Geoffroy a rangé ses affaires et pris son sac. « Où vas-tu ? », a demandé la maîtresse. « Je m'en vais, a dit Geoffroy. Puisqu'on peut choisir son genre, bah moi, je vais aussi choisir mon espèce. Je suis un pingouin. Et comme les pingouins vont pas à l'école, je rentre chez moi. » J'ai regardé Geoffroy, et je me suis dit que c'était vrai, il avait un peu une tête de pingouin et qu'après tout, c'était son choix. Mais Geoffroy, lui, il a regardé la maîtresse et il a compris que pingouin ou pas, il valait mieux revenir à sa place.

On allait chahuter, mais on s'est arrêté parce qu'au fond de la classe Juliette pleurait. Juliette on l'entend jamais, elle dit jamais rien. Et Juliette elle a dit que si c'était comme ça, elle allait se jeter sous un pont. Parce que déjà c'était pas facile de grandir surtout quand on a des parents séparés, que si en plus on faisait des enfants sans papa ou sans maman, alors c'était pas juste, c'était simplement moche, et que si tout le monde a le droit de s'aimer il faudrait pas oublier non plus qu'un enfant, ça a besoin d'un papa et d'une maman, et que c'est peut-être ça d'abord l'égalité des droits, et qu'on pourrait donner autant de papas qu'on voudrait à un enfant ça lui ferait jamais une maman.

Elle a dit tout ça d'un coup, et la maîtresse elle est restée longtemps la bouche ouverte et j'ai bien vu qu'elle avait très envie de pleurer. Mais elle a pas pleuré. Elle a pris Juliette dans ses bras, elle lui a fait un gros câlin comme Maman fait avec moi, en lui disant des choses gentilles dans l'oreille. Après, elle nous a regar¬dés. Et puis d'un coup, comme ça, elle a essuyé le tableau en disant que zut, tout ça c'était des bêtises et qu'on allait pas se laisser faire, et que si M. Peillon voulait faire cours à sa place, qu'il essaie un peu, mais qu'en attendant on allait faire de la grammaire. Non mais sans blague ! »


Auteur : Luc Tesson - paru dans Famille chrétienne n° 1830 du 9 au 15 février 2013