Mai 1658
Le
printemps était bien installé, et la vue de quelques rayons de soleil
réchauffait le cœur endolori de Nicolas. Paris semblait s'envoler, la place Royale de plus
en plus lointaine… cependant, l'amertume était là, le cœur pris par le
tourment… Nicolas se perdait dans son abîme.
Quelques
fleurs s'épanouissaient près de sa fenêtre… et c'était là sa seule source de
joie. Même la prière s'appauvrissait, se desséchait… ses forces fondaient.
Etienne…
sa visite lui avait réchauffé le cœur comme ces derniers rayons de soleil un
soir d'automne sur les feuilles jaunies… cette chaleur sur le bois mort en
attente d'une résurrection… prochaine ?… mais certaine. Tel nous l'enseignait
dame Nature.
"Bien
cher Etienne en qui ma confiance et mon affection sont éternelles,
grâce
et paix t'accompagnent en ces jours ensoleillés où la nature jaillit de tout son
être. En ce jour on peut percevoir le sens des paroles du psalmiste "les
arbres de forêts dansent de joie".
Cher
ami, ta dernière visite m'avait réchauffé le cœur. Tes écrits me réjouissent
toujours. Te savoir guidé et mené par l'Esprit me console… et me dit que je
suis bien pauvre.
Comme
tu me le demandes, mon cœur ne se console guère. Ici, rien ne m'est
consolation. Je me perds parfois dans la contemplation de ces toutes petites
fleurs roses qui sont à ma fenêtre…
Etienne,
où est mon Seigneur ? ma nuit s'enfonce, je crois parfois perdre la tête, et
atteindre la folie. Puisses-tu toi même être fou d'amour ? je suis fou de
douleur, d'angoisses…
Cette
avancée ardue et coûteuse me demande chaque fois une force infinie et
inimaginable. "La Vérité
germera et du Ciel se penchera la justice"… j'implore cette grâce d'être
justifié en Christ… je m'abîme en contemplant la croix de ce Dieu crucifié. Je
perçois du plus profond de mon être par quel miracle le sang du Christ nous
rachète et nous purifie. Je dis miracle car je le pense vraiment, et mon âme
gémit en attente de consolation.
La
vérité se fait de plus en plus nette en moi, et mes jours me reviennent comme
en retour. Tu me diras, peut-être passe-t-il trop de temps sur cette vérité, sa
santé ne lui en coûte-t-elle pas ?
Oh
que si, cher ami, ma santé en coûte… mais que faut-il ? la Vérité vient à moi comme
une étoile que je n'avais pas vue et qui était à l'envers…
Une
Vérité à l'envers… crois-tu qu'il y ait quelque chose d'aussi douloureux ? Une
Vérité à l'envers est un mensonge. Oui Etienne, je me suis enfermé dans le
mensonge, dans les velléités et bassesses de ce monde fermé et clos… le
mensonge a rongé mes os et mes entrailles, ma gorge brûle à force de crier la
nuit... le jour… je m'épuise à regarder vers le ciel… "d'où le secours me
viendra-t-il ?"
Cette
Vérité "vraie" est là… en moi comme une femme qui enfante et à qui
l'on a remis l'enfant dans le bon sens pour ne pas perdre la mère et l'enfant.
Quelle douleur que ce retournement pour la femme… et sans celui-ci, femme et
enfant meurent…
L'image
est hasardeuse et osée, je te le concède… mais elle me poursuit.
Avec
le Christ je suis au pied de la croix… son sang a jaillit du côté pour laver
les péchés des hommes et les racheter par l'amour…
Le
sang du Christ coule en nos veines comme un ardent élixir d'Amour et de
tendresse… en lui seul je me complaît et accepte cette transfusion d'amour… le
Christ, donneur de sang universel poursuit son œuvre aujourd'hui, j'en suis
témoin… témoin car vivant de sa transfusion, de son goutte à goutte perpétuel.
Dans
mon néant telle ma seule consolation et mon soutien : cette confiance hardie et
forte de ce Dieu-Enfant pauvre, homme Christ Jésus.
J'entends
au plus secret de mon cœur : "Ne te trouble pas dans les difficultés. Vis
au plus fort et au milieu de ton combat. Crois que je t'aime vraiment, en
vérité. Crois que je t'aime tel que tu es… tes faiblesses et tes fautes sont
emplies de mon amour le plus grand. Crois-tu cela ? crois-tu que je te lave en
mon sang ? Accepte ce chemin de Vérité, il t'en coûte ? je suis là. Il te brise
? je suis là. Il t'anéantit d'angoisses, et de larmes ? je suis là. J'ai
pleuré, il m'en a coûté de mourir sur une croix. J'ai tant angoissé et pleuré
au jardin des oliviers. Viens avec moi. Prends ma main… prends mon cœur mais
prend TA croix… toi seul pourra la porter. Je ne suis là que pour t'aider… pour
te porter… mais non pas pour la porter… je la porte AVEC toi. Tu as du prix à
mes yeux, et je t'aime plus que tout".
Voilà
ce que le Christ Jésus nous murmure à l'oreille, me murmure à l'oreille au fond
de ma nuit.
Puisses-je
dire un jour "tu m'arraches des filets de la mort"…
Je
te suis cher Etienne, humble et fidèle, muet et souffrant dans le Christ Jésus
notre Sauveur."
La
nuit s'alourdit, les yeux rougis par des nuits de veilles, de larmes… Nicolas
s'endort. Une nuit agitée, l'inconscient le hante…
"Il
est avec nous le Seigneur de l'univers. Citadelle pour nous le Dieu de
Jacob."

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